Tabarka
Le temps retrouvé

Destination touristique à part entière, Tabarka offre à ses visiteurs l'image d'une ville en plein essor aux activités multiples.

Dans son ouvrage intitulé ‘‘Petites proses'', Michel Tournier évoque ce qu'il appelle les « trois Afriques blanches, l'espagnole (Maroc), la française (Algérie), ou l'italienne (Tunisie) ». Cité portuaire située à l'extrême nord-ouest de la Tunisie, à quelque vingt kilomètres de la frontière algérienne, Tabarka est la ville tunisienne qui exprime le mieux cette parenté, relevée par l'écrivain français, entre Africa, nom antique de la Tunisie, et sa rivale – et néanmoins partenaire – Rome. Cette parenté se retrouve encore aujourd'hui dans l'architecture des maisons, les habitudes culinaires et les us et coutumes des habitants.

Fondée par les Phéniciens il y a 2 800 ans sous le nom de Thabraca (pays des broussailles ou lieu ombragé), Tabarka a connu sa période la plus prospère durant les III e et IV e siècles, quand des vaisseaux romains chargeaient liège, marbres, céréales et animaux de cirque. De 1540 à 1741, la cité a été une possession de la république de Gênes et gouvernée par une riche famille commerçante italienne, les Lomellini. L'imposant fort, que ces derniers ont édifié sur une petite île située au large de la ville, n'est pas la seule trace de leur passage dans la région.

Pour restituer à Tabarka cette page « italienne » de son histoire, l'actuel conseil municipal ambitionne de reconstituer, sur un terrain de 3 000 m 2 situé au cœur de la cité, une sorte de centre-ville génois, inspiré de l'architecture traditionnelle de la célèbre ville portuaire italienne. Ce «  Centro Citta Genovese  » sera doté de restaurants, salons de thé, boutiques d'artisans, ateliers d'artistes et galeries de peintures. Il sera, de fait, un espace de rencontres conviviales entre les artistes des deux rives de la Méditerranée. Pour réunir les fonds nécessaires au financement du projet, le conseil municipal de la « cité du corail » fera appel à des donateurs et bailleurs de fonds tunisiens et italiens.

Autre grand projet mis en route par les autorités de la ville : la Cité des Arts. Édifiée en bord de mer, à quelques centaines de mètres du centre-ville, celle-ci sera dotée d'un théâtre de plein air d'une capacité d'accueil de 6 000 places, d'une salle couverte de 2 500 places – qui permettra à la ville d'organiser des représentations artistiques durant toute l'année –, d'une salle de conférence, d'une galerie d'art et de divers espaces d'animation. On pourra y accéder en empruntant l'esplanade longeant les fameuses « Aiguilles », ces grosses pierres monolithiques hautes d'une vingtaine de mètres, battues par les vagues et sculptées par l'érosion en de multiples formes originales.

Ce nouveau complexe, qui sera inauguré en 2005, abritera les quatre festivals de musique que la ville organise, chaque été, entre juin et septembre, et qui sont consacrés respectivement au jazz, à la world music, au raï et à la musique latinos. Il consolidera, de ce fait, la réputation de Tabarka comme destination touristique vouée à la culture, aux arts et aux loisirs.

Flash-back

L'actuelle Tabarka, qui se distingue des autres villes tunisiennes par ses maisons blanches et bleues aux toits de tuile rouge, ainsi que par sa belle plage s'étendant entre forêt et mer, en une kyrielle de criques, de dunes de sable et de falaises rocheuses, a été construite au début du XX e siècle par des colons français et italiens. L'essor touristique de Tabarka remonte aux années 1970. À cette époque, le jeune promoteur Lotfi Belhassine, futur fondateur du Club Aquarius et d'Air Liberté, a créé un festival de renommée internationale dont le slogan est entré dans légende du tourisme méditerranéen : « Je ne veux pas bronzer idiot ». Pour les grands enfants qui venaient de faire Mai-68, cheveux longs, chemises à fleurs, moitié hippies, moitié Mao, grands révolutionnaires devant l'Eternel, mais pacifistes et noceurs, le festival de Tabarka était vite devenu le rendez-vous obligé de l'été, une sorte de Katmandou des doux rivages de la Méditerranée. Ils venaient des quatre coins du monde pour débattre des grandes idées en vogue (anti-psychiatrie, structuralisme, féminisme, etc.), apprendre la danse orientale, la poterie ou la mosaïque, et veiller au clair de lune en compagnie des vedettes de jazz-rock.

La crème de l'intelligentsia et du music-hall est ainsi passée par les plages de Tabarka, où Louis Aragon, Edgar Morin, Jacques Berque, Jean Lacouture, Samir Amin et autre Maxime Rodinson, ont côtoyé, dans une douce pagaille, des jazzmen célèbres comme Dizzy Gillespie, Charlie Mingus, Keith Jarrett, Miles Davis, Manu Dibango, Art Blakey et des chanteurs non moins célèbres comme Claude Nougaro, Myriam Makeba, Léo Ferré et Warda. Il y avait alors deux établissements hôteliers dignes de ce nom et quelques paillotes en bord de mer, au confort rudimentaire.

 

Une richesse touristique

Aujourd'hui en pleine expansion, la station balnéaire de Montazah Tabarka compte 18 hôtels d'une capacité globale de 5 000 lits, un aéroport international ultramoderne pouvant accueillir jusqu'à 250 000 passagers par an – et au départ duquel Tunisair effectue de nombreuses liaisons internationales –, un port de plaisance de 100 anneaux, adossé à une marina joliment nommée Porto Corallo, un parcours de golf, un théâtre de plein air édifié dans la vieille basilique et de nombreux centres de plongée sous-marine, de thalassothérapie, de thermalisme, d'équitation, etc. Plusieurs établissements hôteliers, actuellement en construction, devraient élever la capacité de la station à 7000 lits à l'orée de 2005.

Des efforts sont consentis pour diversifier l'offre touristique dans la région. Appréciée pour son climat méditerranéen doux, hiver comme été, ses forêts de chêne-liège et de pin d'Alep, Tabarka attire les adeptes de la plongée sous marine avec ses fonds marins riches en coraux et diverses espèces de poissons, notamment les daurades, sars, dentés, cigales, poulpes, murènes et, surtout, les mérous qui se laissent caresser et photographier par les plongeurs. En découvrant la richesse des fonds marins de Tabarka, Jean-Yves Cousteau s'était exclamé : « Montrez-moi un seul endroit au monde où l'on peut trouver cinquante mérous sous un seul rocher ! ». Les cinq centres de plongée de la ville, équipés aux meilleures normes internationales, accueillent des plongeurs venant de toute part.

Le tourisme thermal tend à se développer avec le centre de cure médicalisé ultra moderne de Hammam Bourguiba adossé à un hôtel quatre étoiles dont la vocation est de s'ouvrir aux curistes étrangers. Le parcours de golf qui s'étend sur 110 hectares offre un panorama exceptionnel entre mer, montagne et forêt. Son parcours de 18 trous est extensible à 27. Les magnifiques paysages naturels sont un atout majeur au développement de l'écotourisme, avec des circuits aménagés pour les randonnées équestres, pédestres ou en VTT en forêt et en montagne, et la chasse au sanglier sauvage aux alentours d'Aïn Draham a ses adeptes en hiver.

Tabarka reste encore une destination à vocation balnéaire et où l'activité touristique se limite à la haute saison estivale, soit entre juin et septembre. En multipliant les manifestations festives et sportives, les autorités de la ville espèrent ainsi étendre cette activité au reste de l'année.

Ridha Kéfi    

 

D'un festival l'autre

Durant tout l'été, des festivals de musique se déroulent à Tabarka :

11ème session du Festival de Jazz : du 8 au 15 juillet 2006

7ème session du Festival de World Music : du 16 au 19 août 2006

4ème session du Festival de musique Latinos : du 24 au 26 Août 2006

5 ème session du Festival du Raï : du 31 Août au 02 septembre 2006

Au programme de ces manifestations, qui drainent un grand public de jeunes férus de musique, on annonce des groupes des Etats-Unis, d'Italie, d'Espagne, de France, d'Autriche, d'Algérie et du Maroc.

Les richesses archéologiques

Outre ses Aiguilles et son fort Génois, la ville est connue pour ses vestiges archéologiques, notamment les Houanets, ces chambres funéraires libyco-puniques creusées à même le grès de la montagne, les thermes antiques de Keskes, dont quelques vestiges sont encore visibles au centre-ville, la Basilique, citerne romaine à trois travées transformée en église paroissiale chrétienne pendant le protectorat français (1881-1956), la tour Sidi Messaoud, une autre citerne antique transformée en forteresse par des commerçants marseillais et pisans au XII e siècle. Les férus d'archéologie ne manqueront pas de visiter les monuments spectaculaires et relativement bien conservés de Bulla Regia et la carrière de marbre de Chemtou, antique Simitthus («la montagne de marbre»), où les Romains puisèrent longtemps la pierre nécessaire pour la construction de leurs riches demeures...

 
     
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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