Le retour aux sources est omniprésent à Tabarka, terre d'Afrique que les artistes afro-américains foulaient pour la plupart pour la première fois, l'embrassant et lui rendant hommage par leur talent, lors des différentes sessions du festival de jazz.
Les racines seront encore une fois à l'honneur sur cette terre d'Afrique, mais cette fois-ci pour fêter la musique maghrébine, et plus précisément le Raï de l'Algérie voisine. Pour les 30, 31 mai & 1er juin prochain, une pléiade d'artistes, accorderont la musique Raï, musique des plaines et des montagnes aux rythmes de Tabarka et de son fidèle public.
Tout d'abord Chabba Fadéla, talentueuse et audacieuse, c'est elle qui a donné son envol au Raï électrique, ce qui lui a valu les surnoms de " Petite Remiti " ou " Billie Holliday " à cause de sa voix rapeuse. Après un long parcours aux côtés de Chab Sahraoui, qui leur fit gravir les échelons de la réussite, la revoilà de nouveau seule, laissant libre court à sa créativité et renouant avec ses origines oranaises, nous revenant avec une voix d'une puissance et d'une conviction qu'elle n'avait plus retrouvé depuis la première époque où elle naviguait en solitaire.
Au programme également, le frère d'arme de Cheb Mami, lui aussi enfant de La Saïda, Cheb Aïssa. Très attaché aux racines, il est de ceux qui assureront incontestablement la relève et représenteront le devenir du Raï. Sa voix prenante, où se conjuguent fougue urbaine et naturel campagnard, est mise en valeur par l'héritage d'ouverture et de fraternisation avec les autres cultures que Cheb Aïssa veut sien et dont le répertoire porte la marque : c'est une formidable synthèse entre le passé le plus précieux et la projection futuriste la plus audacieuse.
Auprès de ces deux figures, marquantes du Raï, la nouvelle star du Raï, Cheb Billal. Né en 1966 à Cherchell, port romain près d'Alger, Billal Moufok grandit à Oran dans le quartier de Marval. Comme beaucoup, il fera ses classes dans les mariages et les fêtes de quartiers avant de remporter en 1987 avec son groupe " El Ahouar ", le premier prix d'un concours de chanson maghrébine à Oran.
1989 et son arrivée à Marseille marqueront un tournant dans la vie de Billal. Porté par la communauté algérienne en France et en particulier celle de la région marseillaise Billal voit sa carrière se développer, les concerts se multiplier, les enregistrements se succéder.
Progressivement Billal Moufok définit les contours de Cheb Billal. Il acquiert une reconnaissance unanime de la communauté tant par les thèmes qu'il développe dans ses chansons que par son attitude sans ambiguïté à l'égard des souffrances de ses compatriotes. Plus de 55 cassettes vont en dix ans retracer l'évolution de ce rare auteur compositeur interprète de Raï. Progressivement il s'impose dans les " milieux autorisés " comme la référence incontournable. Ses dernières apparitions au Zénith ou à Bercy, lors de concert de soutien à la population de Bab El Oued viennent confirmer cet incroyable engouement dont il fait l'objet.
Après dix ans d'absence, son retour sur la scène algérienne sera pour Billal une surprise de taille. Ses cassettes ont fait leur chemin et sa musique a envahi le pays. A Oran, bars, taxis, radios diffusent ses titres en flot continu, des commerces portent son nom et ses concerts déplacent des foules de jeunes qui se retrouvent dans ses textes et sa musique. Sa signature chez Polydor Universal Music en 2001 lui offre de nouvelles capacités d'audience.
Astucieusement, il a su s'entourer de professionnels rompus à son univers sans couper les ponts avec ses équipes d'origine. Star incontesté de la communauté (il peut remplir plusieurs Olympia avec une promotion minimale), Billal vient avec son nouvel album replacer l'émotion au centre de l'expression Raï. Avec talent et finesse il emprunte ce qu'il est juste nécessaire aux autres musiques world en y amenant sa sincérité et sa chaleur qui en font immanquablement un référence incontestable du genre.
La scène Raï s'est étoffée ces dernières années de nouveaux chantres qui ont su faire tomber les barrières de langue, de culture ou de préjugé avec le grand public en inscrivant cette musique dans notre quotidien. Billal nous fait toucher du doigt en quoi cette expression est essentielle et indispensable à une part non négligeable de la jeunesse.
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